La mini en mai : un moment de solitude

Me voilà tout juste rentré de la mini en mai, je suis arrivé au ponton dimanche matin après ma 5ème nuit en mer en gardant la banane malgré un résultat sportif en deçà de toute mes espérances : 20ème/25 concurents au départ dont 3 ayant abandonné.

Je ne peut pas dire que cette déculotée m’ait servi de leçon puisque j’ai tout fait pour être au départ en travaillant jours et nuit pour remettre le bateau en état les trois jours ayant précédés la course suite aux avaries qui étaient survenue durant ma tentative de qualif hors-course, en travaillant sous la pluie jusque tard le soir avant d’aller dormir dans mon bateau crasseux et trempé, heureusement pour moi j’ai pu profiter de coups de mains pour effectuer toutes ces bricoles, Julien, Camille et même le président de la classe mini Lucas sont venus m’aider, sans eux je n’aurais pu être au départ de cette mini en Mai. Le bateau n’a pas réussi à passer les contrôles de sécurité, j’ai du négocier pour partir, n’ayant pas les sous pour investir dans une perche OSR. La veille du départ je suis à bout nerveusement, je craque, le bateau n’est toujours pas prêt, je n’ai même pas feuilleté les IC et sans l’aide météo de Nicolas Jossier je n’aurais eu qu’une vague idée des conditions qui nous attendaient. Je décide d’aller me coucher avant de remettre le réveil à 4h30 du matin, mardi 24 mai jour du départ donc, pour poursuivre les travaux sur le bateau. La solitude c’est à terre qu’elle est le plus difficile à vivre, et je ne suis pas le seul concurent dans cette situation : impacté directement par le manque de budget et sans autre solution que de tout faire soi-même en restant à des kilomètres d’une quelconque rigueur sportive nécessaire à la préparation d’une course : analyse météo, préparation minutieuse d’une navigation, carène impeccables et configurations de voiles en tête. Bref à 11h je quitte le ponton, pas très combatif et déjà épuisé mais avec la satisfaction de partir, tout fonctionne à peu près et je vais pouvoir laisser derrière moi ces trois journées cauchemardersques. Ayant eu l’esprit totalement tourné ailleurs, je n’ai même pas pu appréhender cette course, je quitte le ponton avec le même état d’esprit que si j’allais faire un entrainement de deux heures, je ne réalise pas du tout que je m’apprête à vivre ma plus longue expérience en mer sur un bateau à voile, le tout seul et sans assistance.

A 11 heures le départ est lancé, mes soucis ont commencé 10 minutes plus tôt, au moment du départ je suis à 0,5 miles de la ligne, le gennacker est presque hissé, mais je n’arrive pas à orienter mon bout-dehors, trop de raguage sur les bouts, je file à l’avant du bateau, dans la manoeuvre je fais sortir le bout de l’emmagasineur de gennack du taquet qui commence à se dérouler, c’est un peu la galère je tente de la rattraper en faisant le poirrier à l’avant du bateau, en frottant mon gilet de sauvetage se déclenche : le sketch!

J’enfile mon gilet de spare après avoir résolu le problème et franchi la ligne avec 1,3 miles de retard sur la flotte, ensuite je remonte petit à petit jusqu’à la bouée au vent, mon grand spi est prêt, l’envoi se passe presque impeccablement, et la : grosse cocotte, le matin je n’ai ferlé que mes deux autres spis : ERREUR, obligé d’affaler, d’envoyer un petit spi, le vent molli je reperds de la distance sur le paquet de devant, je décide de garder le médium car j’arrive proche de la marque sous le vent et le bord d’après est très loffé, à ce moment le vent tombe au niveau du rocher de la Vieille, le bateau 100 mètres devant arrive à passer, moi non, je reste bloqué pendant une heure à 0 noeuds les voiles battantes pendant que plus loin les concurents me collent 6 miles le tout après seulement 3 heures de course! Ça s’appelle un passage à niveau et clairement je suis du mauvais côté de la barrière, nous sortons du chenal de la Teignousse pour partir sur le parcours hauturier, je ne vois même plus les bateaux de devant, à 20 heures et déjà bien fatigué, je décide d’aller caler plusieurs siestes de 15 minutes à intervalles réguliers pour ne pas finir carbonisé avant la nuit de portant qui nous attends avec du vent fort au programme. J’espère être capable de bourriner autant que les autres pour rattraper mon retard. Vers 22 heures le vent rentre, je garde le grand spi et prends un ris dans la GV, je reviens petit à petit sur les camarades en queue de pelotton, à ce momment je dois être avant dernier, ensuite s’ensuivent de nombreux changements de spi durant la nuit : Spi médium puis code 5 jusqu’à la pointe de Penmarc’h, vers la fin j’enchaine les vracs et décide d’affaller, je ne peut pas envoyer mon gennacker car je n’arrive toujours pas à orienter mon bout-dehors une fois à poste, je reste donc sois génois, très lent (8 noeuds 5 quoi…) jusqu’au Raz de Sein puis jusqu’à la base des Lys ou je perds mon aérien ce qui me vaudra un joli virement de bord du bateau sous pilote… je réenvoie mon spi médium vers 7h du matin, enchaînant furieusement des surfs à 15 noeuds. J’arrive vers 10h à l’occidentale de Sein, complètement trempé et cramé, en affalant le spi, mon bout-dehors plante dans une vague et je tords la rotule le permettant de l’orienter, la loose, je vais à l’avant du bateau voir les dégats mais il y a deux mètres de creux et c’est un peu rock’n roll, a priori rien de bien méchant! n’ayant plus de batteries je met en route mon groupe électrogène à l’extérieur, une solution de camping-cariste que j’ai trouvé me permettant de charger mes batteries pour 5% du prix d’une pile à combustible mais qui sur le plan ergonomique est un peu infernale, complètement trempé et fatigué, l’odeur de l’essence me fait basculer dans le côté obscur de la force : début de mal de mer, me voilà désormais en queue de peloton en train de refaire la peinture de la coque (ENCORE (presque) BLANCHE) de mon bateau. Le vent molli comme annoncé, s’ensuit alors une journée de pétole ou il n’est toujours pas question d’aller se coucher, je reste au réglage tentant de faire avancer le bateau sans d’autres informations sur le vent que le peu de sensations dont je dispose puisque mon aérien ne fonctionne plus. Vers 21 heures, pas une risée à l’horizon, j’envoie mon petit spi car en dessous de 3 noeuds de vent c’est la seule voile qui arrive à se gonfler, je commence à avoir des hallucinations, j’entends des gens qui parlent en VHF alors qu’il n’y a personne et je suis parfois persuadé de naviguer en double… je pars caler une sieste de 15 minutes et me réveille… 3 heures après avec l’alarme à fond dans le bateau! Heureusement pour moi le vent n’est toujours pas rentré, je n’ai rien perdu sur mes concurents visibles à l’AIS, j’en profite pour réavancer les poids dans le bateau, regarder mes voiles, réfléchir, regarder à nouveau le routage, les nuages… vers 4 heures du matin je repose la tête dans le cockpit et me rendors inopinément, cette fois ci je n’avais pas mis d’alarmes et me réveille au lever du jour, le scénario catastrophe, spi à contre dans l’étai, le bateau tanqué alors qu’il y a du vent et plus personne de visible à l’AIS, j’hurle, je me sermone, j’ai envie de pleurer mon moral est au plus bas mais il faut que je me calme, je me raisonne et me concentre sur mes réglages, au soir c’est un succés puisque j’entends à nouveau du monde en VHF, la nuit suivante je suis revenu à 5 miles du paquet en queue de peloton et ils sont de nouveau visible à l’AIS. Cette troisième nuit me permet de retrouver le moral, j’ai de toute façon conscience que la course est pratiquement pliée pour moi, alors je la prends comme une aventure, j’admire le paysage, je mesure la chance qui m’est offerte de faire ce que je fais actuellement, le bateau va vite, et le sillage s’illumine sous l’effet du plancton phosforescent, un moment de grâce, je cale quelques micro-siestes dans le cockpit, la tête plongée dans les étoiles au mileu de nul part, en pensant à l’effort d’abstraction qui as été nécessaires au premiers navigateurs qui les utilisaient pour se repérer puis en philosophant presque, mesurant l’insignifiance de nos petits problèmes à l’échelle de notre Univers, songeant qu’il y a plus d’étoiles dans le ciel que de grains de sables dans toutes les plages de notre planète, des endroits ou le temps s’écoule différemment… Puis passant du coq à l’âne avec un sourire mesquin j’ai une pensée soudaine pour tous les terriens coincées à la pompe à essence. D’ailleurs je n’ai aucune nouvelle de ce qui se passe à terre depuis notre départ, c’est un sentiment incroyable que celui d’être coupé du monde, à une époque ou l’on est surconnecté, ou il ne s’écoule pas 5 minutes sans que l’on consulte son fil d’actualité facebook ou twitter, abreuvé d’informations que l’on a même plus le temps de traitter.

Au moins à l’issue de cette nuit une chose est sûre, j’ai chopé le virus et je ne me suis pas trompé en venant faire du mini, et j’ai un plaisir fou à savourer ces moments extraordinaires comme perdu au milieu du désert.

Les trois derniers jours je réussis à rester collé aux fesses de Pierre Revol et Vianney Desvignes, mes concurrents directs dans des conditions très molles et sans jamais réussir à les doubler, on enchaînera de nombreux changements de voiles et le combat en queue de peloton fût superbe, ponctuée par la visite de nombreux dauphins, le moral retrouvé et à portée d’émission VHF j’ai pu enfin commencer à me joindre aux conversations, on y a parlé de tout, ça aide à garder le moral dans la pétole. N’ayant aucune météo et ne disposant d’aucun moyen de communication vers l’extérieur, nous nous échangeons les informations que nous avons pu recueillir en contactant les cargos croisés ou les sémaphores. La fin du parcours fut ponctuée par de nombreux orages, ou nous avons alternées zones de calmes et bords rapides sous spi, Après 6 jours de courses et 5 nuits en mer, je coupe la ligne d’arrivée 90 secondes devant Vianney, signant le plus petit écart sur cette course, preuve en est que même en étant derniers on continue à se battre!

Au final je ne retiens que du positif, j’ai fini, et ça c’est déjà une performance en soi, il y a deux mois je n’avais pratiquement jamais navigué en solo et j’ai déjà parcouru plus de 2000 miles essentiellement tout seul, en bouclant par la même occasion ma qualification en course pour les Sables – Les Açores et la mini-transat, ne me reste plus qu’à repartir en qualif ce que je compte faire dés le mois de Juin après le trophée Marie Agnès Péron à Douarnenez, ce sera la deuxième étape du championnat de France de course au large en solitaire, je vais rester longtemps sur place pour finir de préparer et réparer mon bateau et tacher de prendre le départ avec autant de préparation que possible, s’il faut travailler plus pour que ça fonctionne je le ferais, ma détermination suite à cette mini en mai n’est que renforcée, il faut voir le verre à moitié plein.

Certes je navigue avec des voiles complètement trouée, je crèche dans mon canote et j’ai même pas les sous pour changer ce qui va pas à bord, mais si c’était facile ça ne servirais à rien de se lancer dans un tel projet, rien est écrit à l’avance et je suis fier d’écrire cette belle aventure au côté de ceux qui me soutiennent : j’espère ne vous avoir pas déçu sur cette course, il y en aura d’autres, c’est le métier qui rentre. Je repars demain convoyer le bateau sur Lorient puis vers Douarnenez d’ici la fin semaine, à très bientôt!

\o/ \o/ \o/ \o/ \o/ QUALIFI EN COURSE BOUCLEE!!!!!! \o/ \o/ \o/ \o/

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PS voici ce que j’ai posté sur mon compte facebook hier après une longue nuit de sommeil : après une nuit de 13 heures d’affilées je vais vous parler de fatigue, la fatigue c’est :

-quand tu veut faire une machine à laver et que tu met toute tes fringues… dans le sèche linge le tout sans oublier la dose d’Ariel
-que tu prends ta caisse pour rouler 4 km et que tu réfléchis à comment passer les vitesses
-que tu te cogne contre les mur de l’appart en marchant car tu tiens plus debout
-n’arrive plus à tourner la clé dans la serrure correctement

faites de beaux rêves, moi c’est en cours 😉

Simon.

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