Pornichet Select : une première course en solitaire!

Ça y est c’est fait j’ai pris le départ d’une course au large en solitaire, je me rappelle encore de mes années lycée, quand j’ai découvert la voile en option EPS et que rapidement, je me mis à passer mon temps à regarder pensivement les écureuils par la fenêtre avec des idées de large. Lundi soir, à 20h11 ce n’était pas l’arrivée de la mini-transat mais c’était déjà un rêve que j’avais accompli en franchissant la ligne d’arrivée de la Pornichet Select en 14ème position après 53 heures de courses et deux nuits en mer en traînant dans mon sillage 45 concurrents toutes mes angoisses précédant la course,mes doutes, mon inexpérience et ce petit rêve de gosse désormais achevé.

Alors pour commencer ce résumé il faut que je replace les choses dans leurs contexte, cette semaine fut sans doute l’une des plus importante de mon existence, puisque c’était également ma semaine d’examen, peu de pression puisque l’année est de toute façon validée mais beaucoup de stress liés aux aller-retour incessant entre Pornichet ou était amarré le bateau et les bancs de la fac de maths de Rennes mêlée à cette sensation désagréable d’être incapable de faire deux choses de front correctement ou l’art de faire des compromis. Mercredi je n’ai pu effectuer mon contrôle de sécurité, les jaugeurs étant débordés, Jeudi en revanche j’étais bien présent à mon examen d’analyse et ce fut bien évidemment catastrophique, je fit route le soir vers Pornichet, avec une joblist longue un dimanche sans Michel Drucker : plonger pour caréner le bateau, régler mes problèmes de feux de mat, passer les contrôles de sécu, préparer la nourriture et accessoirement bosser la nav’…

J’ai tout d’abord eu beaucoup de chance en arrivant sur Pornichet où j’était sans hébergement puisqu’à l’issue du repas des équipages, Camille Taque qui courait sur le 587 me proposait un logis, l’occasion de dormir dans un lit plutôt que dans ma voiture ou dans le bateau et de préparer un peu ma navigation sur une table assisté d’un ordinateur et de mes cartes !

Le lendemain ça as été un peu le sprint,après avoir ressoudé ma VHF, passé les contrôles de sécu, j’ai fini par réussir à installer mes feux de mat le soir en allant chercher du fil électrique à castorama et en passant un cable par l’extérieur du mat, pour assister au briefing skipper suivi du briefing Bizuth à 18h ou David Raison l’administrateur de la classe a tenté de nous rassurer en nous expliquant qu’il ne fallait jamais dormir plus de 15 minutes à cause du trafic maritime et que cette course était réputée l’une des plus difficile du circuit…

Vers 23h30 je n’avais toujours pas réussi à préparer ma nav et à rentrer mes points GPS, j’ai abdiqué car trop fatigué, je finirais le lendemain au petit déjeuner avant le départ sur l’eau : quand on veut faire de la compétition sérieusement il faut se mettre dans une bulle plusieurs jours en amont et boucler sa joblist longtemps à l’avance, j’essaie de rester calme, de faire le vide et de rattraper un peu de sommeil de la semaine en faisant des siestes avant mon départ sur l’eau vers midi. Je cesse de me répéter qu’il n’y a aucune raison de ne pas y arriver, il faut y aller à la cool, prendre un départ «safe » et surtout finir la course, c’est la seule chose qui compte.

« Y aller à la cool »

« Y aller à la cool »

« Y aller à la cool »

Tu parle, chassez le naturiste il revient en Bungalow (c’est pas ça l’expression?). Bref je prends un départ à la cool c’est à dire deuxième rideau avec 15 secondes de retard mais sans cartonner un bateau… mais me met malgré moi en mode taquet taquet taquet, jusqu’à la bouée de dégagement ça me rappelle mes bons souvenirs et mes années J80 alors je me laisse aller et je me prends au jeu de la compétition. Je passe dans les 20 premiers puis remonte des places grâce à une bonne vitesse au fur et à mesure, derrière moi Clarisse Crémer (902) et Erwann Le Draoulec (895) qui courent sur le même bateau, je garde le contrôle mais vais sensiblement moins vite, en cause la méconnaissance de mon bateau (c’est ma troisième sortie en solo) et mes voiles qui contrairement au vin ne se bonifient pas avec le temps (mais c’est pratique les petits trous dans le solent laissent passer le soleil!). Je décide suite au routage que m’avait fait parvenir Nicolas Jossier de m’enfoncer dans la baie de Quiberon en espérant avoir moins de courant, j’ai du mal à faire avancer le bateau mais cette option se révèle payante : que dis-je, je me gave ! En sortant du chenal de la Teignousse je croise devant Jonas Gerckens au contact avec les premiers et pointe à ce moment là en 5e position. Je commence à ressentir l’effet de la fatigue mais cette place me remotive ! À ce moment je tire un bord sur la gauche du plan d’eau qui ne s’averera pas payant, le vent rentre fort, jusqu’à 25 nœuds et la mer devient affreuse. Je passe le phare des Birvideaux vers 22h30 au contact avec les premiers mais là… c’est le drame, n’étant pas sur de mes configurations de voile je décide par envoyer un petit spi : le code 5 qui s’enroule autour de lui même, j’affale pendant ce temps les feux de mat de mes concurrents proches passent comme des petites lucioles,après réflexion je décide de renvoyer un grand si et j’ai à nouveau un problème : l’écoute de spi qui était molle s’est coincée dans mon safran, je ne peut pas la couper car c’est la seule que j’ai à bord, je passe donc une trentaine de minute sous pilote automatique à filer à 8 nœuds couché à l’arrière de mon bateau les mains dans l’eau à défaire des nœuds… j’aurais très bien pu me reposer 5 minutes pour souffler un peu, me calmer et retrouver ma lucidité mais à ce moment j’ai complètement oublié ma résolution du matin : « y aller à la cool » du coup je réussis à démêler, à mettre un coup de clean dans le bateau et à renvoyer mon grand spi dans un vent bien soutenu, le bateau file à 11 nœuds de moyenne, ça bombarde je rattrape les vagues et à la lueur de la lune j’aperçois même quelques dauphins qui jouent avec le sillage du bateau, autant vous dire que j’ai la banane ! Cette nuit là je ne dormirais que 15 minutes, le pilote automatique barrant trop mal. Avec la fatigue je tarde à empanner, à ce moment l’écart avec le paquet de devant est fait je ne pourrais plus les rattraper, je resterais en queue de peloton du paquet de tête, les conditions météo n’ont fait que de favoriser ceux de devant, triste constat : les riches sont toujours plus riches ! Je le saurais plus tard puisqu’ayant des problèmes récurrents de VHF je n’ai pas entendu l’appel de détresse du 814 mais cette nuit là un skipper à proximité fut hélitreuillé.

Je passe l’île d’Yeu au petit matin en essayant de rattraper le 660 mené par Sebastien Pebelier qui fait une superbe course ! À 14h28 je passe le Nouch Sud des Sables d’Olonnes et remonte vers l’île d’Yeu au soir, je ne vois plus rien à l’horizon puis soudain quelques bateaux qui descendent sous spi, ma radio fraîchement réparée ne fonctionnant que très mal je m’interroge, y aurait-il eu réduction de parours ? J’appelle le 464 à proximité qui m’explique qu’il s’agit simplement de la queue du peloton 60 miles derrière nous donc et lui souhaite bien du courage. C’est dire si les conditions ont été favorables à ceux de devant…

jusqu’à Groix je ne verrais personne, j’ai réussi à dormir un peu pendant la seconde nuit par petites tranches de 15 minutes en utilisant mon pilote automatique qui barrais mieux que moi sous l’effet de la fatigue, le vent adonne et j’effectue plusieurs changement de voiles, je ne risque pas de perdre de place à priori c’est l’occasion de ne pas rester passif et de découvrir les plages d’utilisation des nombreuses voiles d’avant au nombre de 5…

A Groix il me reste encore environ 75 miles jusqu’à l’arrivée, au loin j’aperçois un spi gonflé, le couteau entre les dents j’attaque sous code 5 comme un furieux et rattrape mon retard petit à petit, le voyant grossir à vue d’oeil, je décide de serrer le vent au sud de Hoëdic. A ce momment j’affale mon code 5 avant de renvoyer un grand spi : autant dire que je bourrine comme un malade, je fais plusieurs départ au lof sous pilote et une cocotte mais le gain est significatif, je remonte à environ 0,6 miles de mon concurrents le 728 qui je l’apprendrais plus tard a eu quelques petits soucis de pilote et était donc plus que cramé.

Je salue au passage la ténacité de ce concurrents manifestement très expérimenté qui à la barre d’un bateau d’ancienne génération et sans pilote a fait une superbe course !

je lui grille donc la politesse pour le devancer sur la ligne d’arrivée ce lundi 2 mai à 20h11 en 14ème position à bord de « département du Calvados » ça ne s’invente pas !

Super content d’avoir fini, d’avoir pu être dans le match pour cette grande première malgrés tout mes soucis en amont et sur l’eau, j’espère pouvoir passer des caps rapidement pour venir titiller le plus vite possible mes concurrents les plus affutés !

Je remercie encore une fois tous mes partenaires pour la confiance qu’ils m’accordent, et bien entendu Camille Taque sans qui ma course aurait pris un tout autre tournant, je suis plus que motivé pour la suite de nos péripéties. Je prendrais ma décision dans la journée concernant mon départ en qualification hors-course (1000 miles) en fin de semaine, au programme une dizaine de journée de mer, en solitaire, et une vraie aventure avec un grand A.

A très bientôt,

Simon.

partenaires

 

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